Frédérique Tristant, "intime"

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Frédérique Tristant est une artiste française née à Vannes en 1971, qui vit et travaille en Bretagne dans le Morbihan.

Elle est à la fois une spécialiste de la sémiotique, titulaire d’un doctorat de l’Université de Bordeaux, et une artiste peintre dont le cursus de formation a été validé par un CAPES.

Cette double formation irrigue son travail, offrant au-delà de son aspect graphique, une réflexion sur la nature de la représentation issue de son parcours universitaire sur l’image des corps à travers les outils de reproductions (photographies, vidéos) et d’investigation scientifiques (radiologie, scanner, IRM etc).

De cette réflexion, elle cherche la limite, la tension entre la réalité physique des peaux et des corps et la vision onirique qu’offre la représentation : subtile recréation de cette réalité dans un espace en deux dimensions matérialisé par quelques couches picturales plus fines que l’épiderme.

S

on travail, qui se base sur des clichés photographiques commence par désubstantialiser ceux-ci avant de les utiliser comme support premier du travail pictural. Comme une peau qui protège, le support de ces reproductions est parfois plissé, ridé comme ayant déjà vécu.

Peu à peu la peinture, souvent de l’aquarelle, va recouvrir cette peau, la recréer, la substituer ou l’effacer pour permettre au spectateur de saisir une dimension qui surpasse la réalité tangible des choses : « Les ridules et les plis du papier peau ancrent mon travail dans le genre des Vanités opérant un net glissement du photographique vers le pictural. Les motifs (fleurs, oiseaux, rayures, toile de Jouy, liberty, vichy, etc.) me permettent de passer d’une personne réelle photographiée à un personnage de fiction et d’en refuser le simple aspect décoratif. Le motif est une madeleine de Proust qui rend mon travail nostalgique et mes souvenirs personnels universels. »

Son travail organisé par série interroge à la fois son histoire personnelle et ses questionnements sur sa propre nature ainsi que sur sa féminité. Au-delà de cet aspect presque psychanalytique, ses œuvres nous interrogent comme en miroir sur notre propre réalité au-delà de notre épiderme.

Frédérique Tristant travaille par série, chacune ciblant une problématique particulière de la représentation du monde.


La série « intime » actuellement présentée à la galerie interroge le mystère de chacun, la quête d’un ailleurs où se retrouver, mais aussi de la vérité propre à chacun que le regard seul ne peut nous apporter.

Dans la série « Roman-photo », des images de publicité sont détournées de leur signifiant suranné, glamour et au fond très conservateur sur le rôle assigné aux femmes, pour justement permettre de se questionner sur ces assignations consuméristes.

Les séries « motifs », quant à elles, en superposant à la fois des fonds à motifs floraux avec des photographies, interrogent le filtre de nos souvenirs, et les associations que nos sens donnent aux évènements passés.

La peinture de Frédérique Tristant à travers la question de la représentation, nous interroge sur notre humanité et la réalité de la perception de nos sens dans notre appréhension du monde.

Il ne faut pas s’arrêter à la simple technique picturale, ou à la « façon » de la peinture pour apprécier ce travail exigeant, mais accepter de se laisser entrainer dans la réflexion que l’artiste nous propose.


Cedric le Borgne

Gérant d’ARS ESSENTIA, Galerie d’Art, 9 place Felix Ziem, Beaune, Bourgogne, France

Diplômé d’Etudes Supérieures de l’Ecole du Louvre

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